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« J.J. Milteau est un arpenteur de planète : l’harmonica se prête au voyage et le blues raffole des croisements. »
On le sait, les dates anniversaires permettent de contempler le chemin parcouru, voire d’établir un bilan d’étape. Alors qu’un demi-siècle sépare « Key to the Highway », dernier album en date de Jean-Jacques Milteau, de son tout premier recueil, on est frappé tant par l’éclectisme de ses affinités musicales que par la constance du regard qu’il porte sur le monde et ses occupants.
À la façon d’un Robert Doisneau ou d’un Georges Simenon (dont André Gide et Colette ont dit qu’il était le plus grand peintre littéraire de son époque), Milteau a sillonné la planète pour mieux s’imprégner de cette humanité avec laquelle il s’identifie tout en connaissant ses imperfections. Du Paris populaire de la porte d’Italie où il est né aux dorures de l’opéra Garnier, du cercle arctique à l’Afrique du Sud, de Shanghai à La Havane en passant par la scène du Nice Jazz Festival partagée avec B.B. King, du blues à la country et des mélodies celtiques à la soul du ghetto de Memphis, il a toujours montré que les frontières entre les genres, au même titre que celles établies par les peuples, se contentent de célébrer des différences dont la conjugaison dessine l’humanité.
À l’origine de ce périple humain, l’harmonica, un instrument bon marché et passe-partout qui lui a permis de visiter tous les continents et d’enchaîner les rencontres improbables, dans la sphère musicale comme dans sa vie personnelle. Au travers de ses nombreuses collaborations (Gil Scott-Heron comme Eddy Mitchell, Eric Bibb et Yves Montand, Terry Callier, Barbara, Charlie McCoy, Harrison Kennedy, J.J.Goldman, Little Milton…) et l’enregistrement d’une vingtaine d’albums, récompensés par des Victoires de la Musique pour deux d’entre eux, Milteau a su traduire le monde en notes en mettant sa virtuosité, jamais gratuite, au service de l’émotion pure, de la sensibilité et de la pudeur qu’il dissimule volontiers sous ses allures de sphinx.
En l’espace d’un demi-siècle, sa richesse intérieure et son sens de l’engagement personnel (émissions de radio, travail associatif, actions à destination des malades) ont fait de Jean-Jacques Milteau un témoin privilégié dont l’œuvre, associé à ses pérégrinations, décrit l’humanité de son temps.
Fidèle à la curiosité qui le porte depuis toujours, il n’est pas surprenant que le voyage soit omniprésent dans sa démarche, et son nouvel album, « Key to the Highway », ne fait pas exception à la règle puisqu’il résume à la perfection un demi-siècle de continuité dans la différence. L’art de Milteau, intemporel et universel, ne cesse jamais de nous entraîner le long d’une route lumineuse dont l’harmonica est la clé.
Sebastian Danchin